31 Août/1er Septembre 1926 - René Weiser, avec son beau-frère Léon Challe, bat le record du monde de distance : Paris-Bender Abbas, 5174 Kms en 30h de vol
Ces
préludes sportifs nous avaient frottés avec bon nombre de difficultés
inhérentes aux efforts particuliers
demandés à nos moteurs, à leur
installation à bord et à leur équipement. Nous suivions et nous guidions
nos mécaniciens en les faisant bénéficier de l'expérience que nous
prodiguaient les ingénieurs des constructeurs lors de la
préparation des compétitions. Nos mécaniciens faisaient preuve d'un
dévouement, d'une conscience scrupuleuse qui dépassaient l'imaginable.
Sachant que nous partions seul à bord, ils auraient préféré risquer leur
vie plutôt que de n'avoir pas l'assurance de notre sécurité. Que de
reconnaissance émue ne leur devons-nous pas !
S'attaquer aux grandes compétitions devenait notre objectif. Bonnet enlevait le record du monde de vitesse. Il s'était préparé sans bruit, Thionville en tirait gloire. Et pourtant, à ce moment, le Régiment était transformé. Perdu notre chef prestigieux et avec lui disparu notre 1er de Chasse pour faire place au 38e. Régiment hétérogène, composé de chasse et d'observation. Le colonel n'avait jamais commandé de chasseurs. Nous le persécutions involontairement par nos entreprises qu'il estimait excessives, par nos audaces réfléchies, qu'il trouvait cependant téméraires. Pour lui arracher un accord, il fallait le fatiguer par une respectueuse mais incessante ténacité. Il fallait contourner l'obstacle, revenir sans cesse détailler nos problèmes, en faire jaillir les intérêts pour le régiment, pour la France. A contre-coeur, il finissait par céder : "Oui, je vais transmettre votre demande".
Notre
demande, elle n'était qu'une façade, celle qui devait franchir la voie
hiérarchique. Derrière elle, tout était déjà préparé, nous avions
intéressé Bréguet et Farman à la suite de pourparlers longs, difficiles,
en usant de nos atouts, de la valeur de notre projet, qui devaient prouver
l'exactitude des possibilités de réussite de notre entreprise. C'est alors
que se préparait la tentative de record pour lequel l'enjeu des
constructeurs était considérable. Nous nous attaquions, Challe et moi, à
un morceau de taille : le record du monde de distance sans escale. Plus de
six mois ont été nécessaires pour la préparation de cette tentative.
Bréguet construisit un avion spécial dérivé du Bréguet 19. Les ailes de
l'avion constituaient un immense réservoir et la charge de l'avion
dépassait de loin ce que les normes de sécurité acceptent actuellement.
Equipé d'un moteur Farman de 520 CV, cet appareil devait avoir une
autonomie de vol de 6000 km. Ce moteur, quoique plus lourd que le moteur
Hispano, présentait l'avantage considérable de posséder un réducteur
qui, en permettant l'emploi d'une hélice d'un plus grand diamètre,
facilitait le décollage. Le décollage sur la piste du Bourget, piste
uniquement gazonnée, constituait en effet l'opération la plus délicate et
la plus dangereuse de la tentative.
Nous avions
choisi la route du Golfe Persique, en direction générale des Indes, et si
les conditions se révélaient favorables, nous espérions atteindre Bender
Abbas ou Djask.
La
préparation fut tellement longue que nous ne pûmes prendre le départ que
le 24 août. Le décollage eu lieu à 5h54, et 50 minutes après nous
étions à hauteur de Châlons, mais seulement à 800 m d'altitude, tant la
charge de l'avion l'empêchait de monter.
Il serait
trop long de relater tous les relevés du parcours, il importe seulement de
signaler que nous avons rencontré des orages tellement violents sur l'Asie
Mineure, que nous avons été contraints de faire demi-tour et à nous poser
en pleine nuit sur le terrain de Bucarest. Cette première tentative qui
venait d'échouer nous donna cependant l'occasion de battre un record de
vitesse sur le parcours Bucarest-Paris. Nous sommes repartis le 31 Août
pour une nouvelle tentative qui nous permit, cette fois d'arriver, à bout
d'essence, sur le terrain de Bender-Abbas, dans le sud de la Perse. Le
record du monde de distance sans escale venait ainsi d'être battu le, 1er
septembre 1926, avec 5200 km en 32 heures de vol.
***Bender-Abbas-situé à l'extrémité
du golfe Persique et de la mer d'Oman