La "Belle Epoque" de l'aviation   

L'aviation a connu une évolution si rapide qu'une seule génération d'hommes a pu la suivre presque toute entière. Soixante années ont en effet permis de voir ses premiers départs valables comme également l'ère des multiréacteurs et l'avènement des fusées. Qu'il me soit donc permis, ayant vécu ces époques successives, de montrer une période révolue, celle des grands raids, qui a suivi de bien près celle retracée avec beaucoup d'humour dans ce magnifique conte filmé "Les fous volants". C'est toute une vie de travail passionnant, chargée tout à la fois d'espérances, d'angoisses, d'audaces réfléchies, qu'il faut essayer de dépeindre, pour arriver à bien montrer les phases successives de la vie des hommes qui ont été les acteurs de cette inoubliable belle époque, où les difficultés humaines étaient considérables et les problèmes bien nombreux, puisqu'il s'agissait d'abord de pouvoir rentrer dans l'Arme, puis d'y être sélectionné, afin de pouvoir enfin s'attaquer aux grands raids et réussir.

Mais, pourquoi ce titre de "Belle Epoque" ? Tout simplement parce qu'un monde sépare l'aviation d'aujourd'hui, ainsi que ses méthodes, de celle d'hier. Parce que l'homme jouait alors, par lui-même, essentiellement avec l'usage permanent de son initiative, un rôle capital où sa responsabilité était encore plus grande que sa relative liberté, où ses décisions et ses actes ne dépendaient plus que de lui seul, sitôt acceptée, avec toutes ses conséquences, la mission qu'il avait reçue. Point de radars pour nous suivre sans arrêt, point de radio pour nous conseiller et nous donner des ordres, point de routes aériennes, point d'encombrement des espaces aériens. Une ample liberté, dans un monde spécial de l'air, où les décisions à prendre étaient d'autant plus grandes et plus fréquentes que le matériel était plus imparfait et les aides plus réduites pour ne pas dire inexistantes. Mais que cette apparente et relative liberté nous faisait alors croire au bonheur absolu !

                       René WEISER 1967