L’enfant martyr (lettre à tous 1984, Jean-Loup CHRETIEN)
Alors
que tu souris,
mon fils,
Bercé par la
tendresse et l'affection des tiens,
Pense
à celui
qui pleure, là-bas sous les canons.
Il n’a jamais
connu ni sourire ni amour,
Et souffre sans
comprendre la cruauté des hommes.
Alors
que tu apprends,
écoutes et récites,
Les poèmes et
l’histoire de ceux qui sans passion
Ont bâti la paix
sur des fondations fragiles.
Pense à lui qui apprend
la guerre, les armes et la terreur,
Sans jamais se plaindre
du funeste destin
Qu’une troupe
fanatique a choisi pour lui.
Alors
que tu
t’instruis, grandis et t’épanouis,
Pense à la fleur
qu’on piétine sans en attendre le fruit.
Cet innocent sacrifié
ignorant qu’il est Dieu,
Ce monstrueux bourreau,
Le sang d’un
innocent,
La mort d’un
jeune enfant.
Et
si soudain tes yeux
s’embuent de larmes,
La tristesse t’envahit,
l'injustice te révolte,
Pense à cet
enfant qui enfin ne pleure plus:
il a
cessé
de vivre, il a trouvé la paix,
le visage
figé
dans une dernière souffrance.
Et
si un sourire enfin
vient à passer,
c’est
déjà celui de l’ange qui
l’emmène
tout là-haut,
Là ou les
vautours ne l’atteindront jamais,
Là ou cette paix
retrouvée enfin est éternelle.
Et
s’il te vient
l’envie de hurler, mon fils,
Alors demande avec
force, autour de toi à tous ceux qui clament leur
impuissance:
Pourquoi!
Et
si gênés
ils te répondent :
Il n’y
a rien à faire.
Tu t’en iras en
silence et murmureras:
Comment
ont-ils crié sans que personne ne les entende.
Et que
tous soient restés sourds aux sons de ces voix faibles,
lointaines et suppliantes.
Comment
pourrai-je désormais vivre en paix sans entendre cette
détresse.
Tu
te mettras alors en
route, mon fils,
Heureux d’avoir
enfin senti le dernier soupir d’une atroce agonie,
Heureux d’avoir
enfin senti l’ultime sursaut d’une âme au
Paradis.
Heureux de partir sans
attendre que cette âme t’oublie.
JL CHRETIEN 1984
Photo Galileo Photo
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